
C’est bien connu, Charles Barkley est schizophrénique. En lui, deux êtres totalement opposés sommeillent. D’un coté, le clown charismatique génial. Un showman comme on en fait plus en NBA, capable de vous faire transcender une foule en improvisant des chorégraphies de YMCA sur le banc ou en assommant les mascottes adverses. De l’autre, un serial killer des raquettes. Au menu, coups de coudes bien affûtés et accrochages de maillots garantis. Sir Charles n’a de toute façon jamais rien fait dans la finesse, oscillant toute sa carrière entre 110 et 140kg. Sa spécialité ? S’offrir avec une dérision quasi-permanente un jeu de rôle taillé spécialement pour sa personne
1992. Barcelona. Au milieu d’une pléiade de stars US aux sourires dévastateurs, un homme distribue les parpaings dans la raquette et se confond en excuse dans un style bien à lui : « la prochaine fois, j’en choisirai un (adversaire)… plus gros ». En plus de défrayer la chronique avec les pauvres joueurs étrangers, Barkley marque des points, et pas que sur les parquets espagnoles. Ses coéquipiers l’ont quand à eux toujours adoré, se tordant de rire à chaque dérapage médiatique incontrôlé. Et pourtant, au-delà de l’excentricité du personnage, il existe un joueur d’exception. 18pts de moyenne sur les jeux olympiques, ce qui fait de lui le meilleur scoreur de la Dream Team. Les rencontres terminées, Charles profite de ses « vacances » comme il les appelle, pour déambuler dans les rues et animer la curiosité des habitants Andalous. Malgré le déferlement médiatique que subissent les joueurs de l’époque, notre homme sort seul : « Je sais me défendre, même dans la rue. Je ne vois pas pourquoi je devrais m’enfermer. Mes deux gardes du corps, ce sont mes poings ».
Sa liberté, il l’a toujours revendiqué, et ce dès son plus jeune âge. Alors qu’il n’est qu’un gosse vivant chez sa grand-mère à Leeds dans l’Alabama, Barkley se rêve en Superman. Il saute les bras déployés du deuxième étage de la maison familiale mais ne s’envole pas. Quelques contusions et une tête cabossée plus tard, le jeune homme affole les balances de l’Université d’Auburn avec des pointes à 140kg… pour seulement 18 ans d’âge. Collectionneur de rebonds et avide de Pizza 4 fromages, il gobe comme des friandises toutes les vacheries que les coachs, trop puristes à son goût, lui balancent à la gueule. Présélectionné dans le groupe des universitaires qui doit représenter les Etats-Unis aux jeux olympiques 1984 de Los Angeles, il est l’un des derniers coupés. Pourquoi une telle décision? Encore une fois, il a fallut qu’il l’ouvre : « Un jour le coach s’est pointé avec des chaussures étranges. Même dans mon plus affreux cauchemar, je n’imaginais pas quelqu’un capable de porter un tel accoutrement. Alors je lui ai demandé où il les avait achetés ». Jordan, Ewing, Mullin et compagnie continuent l’aventure pendant que Bobby Knight, vexé, le raye de sa liste.
Oublié cet affront, il pose ses grosses joues à Philadelphie afin de débuter sa carrière professionnelle dans la NBA. « J’ai pu, avec mon premier contrat, reconstruire la maison de ma mère et celle de ma grand-mère. Ma famille m’a toujours appris à bosser dur ». Un conseil qui, au bout de huit saisons de grands standings, ne s’applique plus en Pennsylvanie. « Je suis arrivée ambitieux, à mon départ j’étais comme une loque. Membre d’une équipe qui ne méritait pas mon standing ». Celui par exemple, du meilleur rebondeur NBA 1987. En 1991, il est élu MVP du ASG avec 17pts et 22rbds. Désormais star parmi les stars, Barkley commence à faire parler de lui dans un domaine qui plait moins aux instances du dictateur Stern, « l’extra-sportif ». Il sera durant toute sa carrière l’un des plus gros collectionneurs d’amendes de la ligue et un concurrent sérieux à Dennis Rodman pour le titre du joueur le plus déglingué. Pour couronner le tout, il demande, la veille de son départ avec la Dream Team 1, sa lettre de sortie au boss des Sixers. Le monde entier le découvre alors sous les traits du mauvais garçon.
Ses coéquipiers eux, endurent ses blagues à répétition. Très vite, un certain Michael Jordan devient l’un de ses meilleurs amis. Il restera comme son plus grand compétiteur sur les terrains de golf : « Pour un noir, le golf est un sport de riche. JE suis riche ». Provocation. Le monde à ses pieds, l’or olympique au cou ainsi qu’un luxueux contrat dégoté dans l’Arizona à Phoenix, il ne rêve plus que de qu’une chose : devenir gouverneur d’Alabama. Mais avant ça, une autre quête l’attends, celle du titre NBA. Il commence par être désigné MVP de la saison 1993, parvient en final non sans difficultés et… bute sur son pote MJ : « Seul Dieu pouvait m’empêcher de gagner un titre. Dieu sur le parquet, c’est Michael ». Subitement, les Suns s’éclipsent. Lui aussi. Surnommé le roi soleil, Barkley s’estompe et se fond dans la normalité. La huitième merveille du monde comme il aime se définir, est de plus en plus mal dans sa peau. On lui propose tout de même de revenir dans la Dream Team 3. Il refuse, puis se rétracte quelques mois plus tard : « Charles est le patron de ce groupe. Il va trouver les mots justes pour mettre l’ambiance dans les vestiaires » lance His Airness. Barkley fuit néanmoins les comparaison avec la campagne de 1992 avec des termes bien à lui : « On est vierge qu’une fois dans sa vie ».
Sa carrière se poursuit alors dans le Texas. Sir Charles rejoint une team de vétéran en préretraite et voit là son dernier espoir de remporter le graal. Olajuwon comme première option offensive, il décide de se concentrer sur les rebonds et sort ses plus belles perfs en carrière avec notamment une pointe à 13.5rbds par match en 1996. Malheureusement, les kilos en trop aidant, « Chuck » commence à prendre goût à l’injured « T-Mac » list et ne peut porter l’équipe comme il le souhaite en playoffs. Après 3 post-seasons décevantes, Barkley entame sans le savoir sa dernière année dans la grande ligue. Il se brise les ligaments du genou sur un rebond anodin, le sort voulait que cela arrive à Philadelphie, ville de ses premiers exploits. Il refuse pourtant de quitter le basket sur cette image et revient pour un dernier round le 19 Avril 2000. Une carrière qui s’achève sur un rebond offensif et un 2+1 mémorable face aux Grizzlies. Une dernière standing ovation et notre joufflu préféré s’envole définitivement vers d’autres cieux. Désormais analyste pour TNT, il enchaîne les piques assassins et rêve toujours secrètement de se lancer dans la politique : « Je pense avoir réglé mes dettes avec les gens, prouvé ce que j’étais : un mec honnête, droit. Tout ceux qui écrivent des méchancetés sur moi ne sont que des jaloux et aigris ». Voilà qui est dit.
THOMAS DELPIERRE

Super article, j’adore ce joueur, tout comme je suis fan de l’émission de TNT … Ce gars a jamais caché ce qu’il pensait et c’est toujours donné à fond. Un des meilleur de l’histoire, assurément !!!